Octobre 2020

Arnaud Regout

Plaisir et Travail

Petites confidences sur un parcours réussi. Arnaud Regout, Administrateur délégué de BPI Luxembourg, Développeur immobilier du groupe CFE/Ackermans & Van Haaren et CEO de Wood Shapers, retrace en toute simplicité le "comment du pourquoi" il en est arrivé là. Voici le portrait d'un homme généreux qu'Archibald se fait le plaisir de partager avec vous.

Après ta maitrise en Finance et ton MBA en Corporate Finance, tu as également suivi une formation complémentaire à la Vlerick en Leadership Development. Toutes tes formations te servent-elles réellement aujourd’hui ?

Ma formation me sert vraiment tous les jours. Surtout le MBA.

Toute formation intellectuelle est importante pour façonner le raisonnement qu’on utilise au quotidien. Mais c’est vrai que la partie la plus importante dans mon métier c’est l’humain, et cette partie-là c’est plutôt l’expérience de vie qui me l’a apporté et non l’université.

A cette époque avais-tu déjà une vue précise de ce que tu voulais faire ?

A cette époque, je n’ai pas vraiment eu le choix. Mon père, qui a travaillé chez KPMG, ne jurait que par l’audit. Mon frère aîné a donc suivi la même voie mais n’a finalement fait qu’un bref passage par KPMG pour ensuite passer dans le consulting et devenir réviseur d’entreprise. Ce qui fut une grande déception pour mon père (rire).

Comme il tenait tellement à ce qu’au moins un de ses fils fasse de l’audit, je suis donc entré chez Ernst & Young. J’y suis resté pendant 3 ans. J’ai beaucoup aimé ça.

Ce fut une excellente formation qui a développé chez moi une rigueur d’analyse très poussée. Dans ce genre de société, on y développe une manière assez spécifique d’approcher un problème par les chiffres. On apprend à remettre en doute les informations reçues. Ces compétences me sont utiles tous les jours pour les affaires et les négociations.

Comment es-tu arrivé dans l’immobilier ?

Il faut savoir qu’on a un passé familial dans l’immobilier assez important qui fait que depuis tout petit j’ai toujours été en contact avec ce secteur.

Au niveau professionnel, ma première expérience dans l’immobilier s’est faite au travers d’un stage de 6 mois, via mon oncle, chez DTZ en tant qu’évaluateur. Après, la vie fait qu’on est parfois amené à devoir faire des choix dont on ne se rend pas toujours compte de la destination finale. Je pense que j’aurais tout aussi bien pu aboutir dans un tout autre secteur. C’est donc un peu le hasard de la vie et les contacts qui font qu’on se laisse entraîner vers un secteur ou une activité.

Quels sont les moments clés de ton parcours ?

Je parlerais plutôt de rencontres plutôt que de moments

Déjà le choix de mes études qui est lié au contexte familial.

Je suis issu d’une famille de 5 enfants dont les parents ont tous fait des études universitaires. On a toujours été poussé par ma mère qui voulait qu’on fasse des études quoi qu’il arrive (qu’on soit demandeur ou pas).
Avoir quelqu’un derrière soi qui nous pousse quand on est jeune est quelque chose d’indispensable lorsqu’on ne sait pas tout de suite où on veut aller.

Pour le reste, je parlerais plutôt de rencontres plutôt que de moments.

En arrivant chez EY, il y avait un jeune partenaire, Martin Blackwell, qui était un peu la star des lieux. Partenaire à 28 ans, adorant le rugby, il avait un discours très clair : “Dans la vie, on peut s’amuser tant qu’on bosse dur.” Il arrivait à transmettre, grâce à son leadership, un esprit de groupe qui poussait chacun à se dépasser. Quand on sait ce que gagne un partenaire à l’époque chez EY, il aurait pu arrêter de travailler plus tôt mais même à plus de 50 ans, il travaillait encore car il adorait continuer à rencontrer des gens, surtout des plus jeunes afin de leur donner cet esprit, cette motivation. C’est une sorte d’échange humain et d’approche du travail qui m’a toujours suivi car j’adore les rencontres de tout type et de tout âge qui me font évoluer moi-même. Dans une boite comme EY où on fait du 8h-22h et souvent les week end compris, rencontrer de telles personnes fut pour moi très inspirant.

La deuxième rencontre influente fut mon ancien patron chez CFE, Patrick Van Craen, qui m’a appris la plupart des choses que je sais faire aujourd’hui en immobilier. Il avait toujours un esprit un peu différent des autres. Il était capable de voir ce qui était important dans un projet et comment on le conçoit. Il voulait toujours identifier à qui un projet pouvait s’adresser.

La troisième personne aux côtés de laquelle j’ai beaucoup appris est Renaud Bentégeat qui fut l’Administrateur Délégué de CFE pendant de nombreuses années. C’est un vrai optimiste et un vrai entrepreneur. Il a une capacité très élevée à donner sa confiance et de croire en soi. C’est sans doute la chose la plus difficile à transmettre lorsqu’on est manager : arriver à transmettre aux gens à avoir confiance en eux pour passer des étapes qu’ils pensent infranchissables. Sa phrase culte quand vous lui demandez comment il va est “tout est simple et tranquille”.

Plus récemment, le patron de BPI, Jacques Lefèvre, a une faculté de m’apprendre à encore mieux me connaître et à me challenger. Il utilise l’humour à des degrés différents pour m’aider à se poser les bonnes questions.

Quel type de manager es-tu ?

Il paraîtrait que je suis un peu exigeant, légèrement impatient et que j’aime qu’on s’amuse en travaillant. Disons qu’ayant joué beaucoup de sport à un niveau assez “correct”, j’ai appris la différence entre être doué et ce que l’exigence de l’entraînement peut apporter. C’est ce que je transmets et demande à mes équipes.

Je pense qu’au niveau contact, j’ai un leadership assez naturel ou du moins j’ai cette chance de m’entourer de gens avec qui mon leadership peut s’adapter. J’aime bien tirer les gens vers l’avant et les emmener avec moi. Je suis plutôt assez protecteur de mes équipes. S’ils ne répondent pas à mes attentes, il y a deux cas de figure :

  • Soit c’est une question de compétences et d’effort. Dans ce cas, comme dans le sport, j’avoue avoir beaucoup de mal avec les personnes qui ne font pas d’effort. Du coup, je m’en sépare assez vite.
  • Soit il s’agit de personnes qui font des efforts, dans ce cas, je serai plus conciliant car je sais que dans une équipe on ne peut pas avoir que des numéros 1. Il faut un équilibre pour que chacun trouve sa place. Pour ces personnes, j’aurais plutôt tendance à avoir une attitude plus protectrice.

Mais le plus important de tout, c’est l’esprit de groupe, le travail en commun et la liberté d’échange. Cette liberté d’expression entre collaborateurs permet de rester humble.

As-tu connu des échecs dans ton parcours et quelles sont les leçons que tu en as tirées ?

Quand j’ai quitté EY pour Besix, je me suis retrouvé sous la direction d’un responsable qui a été hors du bureau pour raison de santé pendant plus de la moitié du temps que j’ai passé là-bas. Le contact humain avec lui était bon mais au niveau professionnel ça ne s’est pas bien passé. J’étais le 4ème qu’il usait. Je suis de nature plutôt entrepreneur et j’avais envie d’être impliqué dans un maximum de projets et d’apprendre. Or si le groupe était demandeur, pour mon patron ne le voyait pas comme cela.

La leçon que j’en ai tirée est que :

La seule manière d’être vraiment bon dans son métier c’est d’être dans une équipe dont les valeurs  correspondent à son profil afin de pouvoir collaborer et s’exprimer

Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ton métier ?

Je pense que pour une bonne partie, ce sont les rencontres. J’adore cette variété humaine dans mon métier. On a de la chance d’avoir un métier où on rencontre du monde et surtout des gens assez différents.

Mais dans ma fonction ce qui me plait le plus aujourd’hui c’est le lien qu’on a entre CFE et BPI qui nous permet d’avoir une vue et une approche complète d’un projet depuis l’achat du terrain jusqu’à la construction de l’immeuble.

Qu’est-ce qui te déplait le plus dans le métier ?

Sans doute le fait que trop souvent les gens ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de travailler dans ce secteur. Il y a parfois un certain manque d’humilité qui me déplait. Certaines personnes ont tendance à l’oublier.

As-tu dû prendre des risques ou faire des sacrifices pour en arriver là ?

Ça il faut le demander à mon épouse (rire).

J’ai beaucoup de chance d’avoir une femme qui me supporte dans cette vie où l’on travaille et sort autant. Lorsque l’opportunité est arrivée de prendre fonction au Luxembourg, ça n’a effectivement pas été simple d’imposer ce choix à ma femme et à mes enfants. Ce fut un gros changement. Ça aurait en effet été plus simple de suivre mon parcours tranquillement en Belgique mais je pense que dans la vie il faut prendre des risques et que quand ça fonctionne c’est d’autant plus satisfaisant.

Comment vois-tu l’évolution de ton métier et du secteur ? 

Il y a d’une part, une forte évolution dans le type de produit. Il y a beaucoup plus de mixité dans les projets qui, il y a peu, n’étaient bien souvent composés que de bureaux, logements, commerces.

D’autre part, pour moi, le gros changement est la conscientisation des clients dans leurs achats immobiliers. D’où la création de Wood Shapers. Ils sont de plus en plus exigeants et attentifs aux questions environnementales. En tant que promoteur, qui a pour vocation de créer les villes de demain, c’est donc à nous de réfléchir autrement et de prendre ces nouvelles demandes en compte afin de fournir une des réponses aux questions environnementales du moment.

De quoi es-tu le plus fier dans ton parcours ?

D’encore m’amuser. M’amuser au travers des rencontres, du business créé, de la possibilité de projets futurs et de voir l’évolution des équipes locales. J’essaie de faire en sorte que le travail reste un amusement, le plus possible.

Constates-tu une grande différence entre les profils de ta génération et les nouvelles que tu vois arriver sur le marché ?

Pour les profils très jeunes, je n’en vois pas.

Par contre, pour la génération entre les deux oui. Ceux-là ont vécu quelque chose de différent dans leur éducation. Beaucoup d’entre eux ont été surprotégés vis-à-vis de l’échec. On leur a trop souvent dit qu’ils étaient les meilleurs quoi qu’il arrive. Cela a pour effet d’avoir créé 2 types de profils :

  • Ceux qui ont vécu des difficultés et qui sont devenus très exigeants envers eux-mêmes et donc extrêmement bons.
  • Ceux qui face à l’exigence d’un patron ou d’un métier se retrouvent totalement perdus et désemparés.

Je pense que la génération qui a suivi a tiré les leçons de cette erreur et s’en sortent bien mieux.

Si tu avais un conseil à donner aux jeunes qui débutent dans ce métier, quel serait-il ?

Je leur dirais de trouver quelqu’un, un patron, un manager, une équipe avec laquelle ils peuvent s’épanouir et apprendre quitte à gagner 10% de moins qu’ailleurs les premières années

Les jeunes attachent souvent trop d’importance au salaire en début de carrière.

On nous a appris à l’université qu’il faut changer de boite et de fonction tous les 3 ans pour faire évoluer sa carrière. Personnellement, je pense que c’est une erreur. Quand on sait qu’il faut généralement 3 ans pour développer totalement une compétence, en changeant de fonction au terme de ces 3 ans, on ne tire donc pas pleinement profit de cette compétence nouvellement maîtrisée. Prendre un peu plus de temps avant un changement de fonction peut parfois être une meilleure stratégie.

Entretien mené par Archibald
Remerciements à Arnaud Regout & BPI

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